newsletter

Entretien : Lionel Reichardt

, blogueur e-santé, fondateur de 7C's Health

Connecté, le patient devient un acteur engagé de sa santé


Entretien : Lionel Reichardt

, blogueur e-santé, fondateur de 7C's Health
mardi 17 juin 2014
136
145
134
27
4
 
 

Le patient ne l'est plus ! Il prend en main sa santé grâce aux capteurs connectés. Il s'informe sur les traitements avec le web, partage les diagnostics des médecins sur le Net, maîtrise ses data physiologiques. Une révolution silencieuse à laquelle les laboratoires, les hôpitaux et les autorités de santé doivent s'adapter.

Les chiffres clés - 97 0000 application mobiles sur la santé étaient déjà disponibles en 2012
- 500 millions d'utilisateurs de smartphones et de tablettes utiliseront des applications mobiles liées à la santé en 2015
- 5 milliards $ de chiffre d'affaires réalisé dans le monde par la vente d'applications ou de capteurs connectés en 2017 (estimation)
- Le marché de la santé sur mobile (m-santé) devrait représenter 26 milliards de dollars à l'horizon 2017 et concerner près de 1,7 milliards d'utilisateurs (Etude Research2guidance)

Source : CNIL - Le corps connecté
Lionel Reichardt - blogueur e-santé, fondateur de 7C's Health
Bio express Consultant, bloggeur, désigné influenceur n°1 de la e-santé en France en 2013, Lionel Reichardt a fait l'essentiel de sa carrière dans l'industrie pharmaceutique (Schering, Bouchara-Recordati et Takeda). En 2012, en parallèle de son MBA e-business, ce diplômé d'école de commerce devient Pharmageek et lance son blog. Membre de plusieurs startups en e-santé, il accompagne les acteurs du secteur via 7C's Health, la société qu'il a créée début 2014.

Son twitter : @lionelreichardt
Les technologies digitales apportent de nouvelles pratiques médicales. Qu'est-ce que ça change dans les relations entre patient et professionnels de santé ?
Lionel Reichardt : « Le patient devient un des acteurs-clés du système de santé. On qualifie ce mouvement d' « empowerment ». Ce mot a plusieurs significations mais c'est un changement capital ; une prise de pouvoir du patient dans le bon sens du terme.
De paternaliste, la relation médecin/patient devient potentiellement une relation de partenariat. Fort des données qu'il collecte au travers de certains appareils connectés, des informations qu'il trouve sur le web ou auprès d'autres patients dans des communautés dédiées, il peut contribuer aux choix auxquels il est confronté.
Une relation plus équilibrée et constructive s'établit entre patients et professionnels de santé. Cette évolution s'inscrit dans la continuité de ce qui se passe avec le web. La santé est le deuxième sujet recherché dans Google. Tout le monde peut consulter des sites spécialisés pour se rassurer sur des symptômes ou s'informer sur une maladie. Et sur les réseaux sociaux, 20% des conversations portent sur des questions de santé. Comme le consommateur, le patient connecté devient un acteur engagé de sa santé. »
L'e-santé explose. Quelles sont les dernières innovations les plus prometteuses ?
L.R. : « La e-santé désigne tous les aspects numériques touchant de près ou de loin à la santé. Cela regroupe beaucoup d'activités différentes désormais. Si on parle des objets connectés, la tendance est venue du sport et du fitness. C'est l'exemple de l'application Nike + pour courir. En 2009, la santé connectée est née avec le lancement du premier tensiomètre connecté par iHealth puis celui de la balance Withings. Mais aujourd'hui, la frontière entre bien-être et santé s'estompe. Des solutions mobiles plus sophistiquées font leur apparition. Je pense à un patch connecté sur l'épilepsie qui arrive sur le marché américain. Il permet d'anticiper la survenue d'une crise et alerte le patient, les secours ou l'entourage. On découvre ce que la santé connectée peut apporter de meilleur.
Il y a tous les jours des innovations qui surgissent. Les Google Glass bien sûr, l'Occulus Rift, ce casque de réalité virtuelle racheté récemment par Facebook, les serious games, les objets connectés... Il est temps maintenant de les faire converger pour construire des solutions pragmatiques et répondant à des besoins précis. »
Comment réagissent les laboratoires, acteurs traditionnels du secteur ?
L.R. : « Les laboratoires font face à des changements multiples et rapides depuis plusieurs années. 80% des pathologies sont maintenant couvertes par les génériques ce qui met à mal leur modèle, et l'accès au marché pour les nouvelles molécules est de plus en plus complexe. Il ne s'agit plus seulement pour eux d'offrir un médicament. Il faut proposer des services, de véritables solutions de santé. Autrefois, ces mêmes laboratoires n'avaient qu'un seul client : le prescripteur. C'est-à-dire le médecin et un modèle promotionnel basé sur la visite médicale. Aujourd'hui, ils ont aussi affaire au dispensateur (le pharmacien), notamment pour les génériques. Enfin, ils doivent composer avec deux nouveaux acteurs, le patient, beaucoup plus présent, et le payeur (l'assurance maladie ou encore les mutuelles et les assureurs) plus regardant sur la dépense. Le tout dans un contexte réglementaire de plus en plus contraignant, avec un grand besoin de transparence. »
La e-santé concerne aussi les acteurs publics du secteur. Les hôpitaux, l'assurance maladie... sur fond de vieillissement de la population et de désertification médicale ? Quel impact ?
L.R. : « Tous les acteurs sans exception sont impactés. Pour les hôpitaux, la digitalisation prend plusieurs formes. Création de sites internet, présence sur les médias sociaux, objets connectés (traqueurs d'activités, balances, tensiomètres ou brosses à dents connectés) ou plateformes de services comme MyHCL aux Hospices civils de Lyon.
D'une manière générale, le digital devrait contribuer à améliorer la productivité du système de santé. Une étude menée au CHU de Clermont-Ferrand en pneumologie montre ainsi que l'usage d'outils connectés permet de simplifier le travail des infirmières et de générer un gain de temps de plus d'une semaine par an et par infirmière. Dans le contexte actuel de pénurie de professionnels de santé, c'est bienvenu. »
Comment se pose la question du traitement des données dans le secteur de la santé ?
L.R. : « La santé est un domaine où l'on traite, par nature, beaucoup de données. Taux de glycémie, rythme cardiaque, tension artérielle, études cliniques... La base du SNIIRAM (Système national d'information inter-régimes de l'assurance maladie) gère des milliards d'enregistrements concernant la santé de 64 millions de Français. Avec la pléthore d'appareils qui arrivent sur le marché, on ajoute encore de la donnée à la donnée. On est vraiment dans le Big Data. Et le pire est à venir quand on intégrera les données génétiques ou cérébrales...
Je pense qu'il faut voir le côté positif de la data. Cela peut faire avancer la recherche à grande échelle. Sur la plateforme américaine PatientsLikeMe, 250 000 patients acceptent par exemple de partager des symptômes et des traitements pour faire progresser la science. C'est ce que PatientsLikeMe qualifie de « Data for good ». C'est une notion qui m'est chère. iHealth, avec lequel je collabore, a monté un partenariat avec l'American Heart Association aux Etats-Unis, pour établir une cartographie de l'hypertension. Plus d'un million d'utilisateurs des produits iHealth ont accepté de partager leurs données pour faire avancer la recherche. Mais ces données doivent bien sur être systématiquement anonymes et utilisées avec le consentement du patient. »
Et en France, où en est-on sur la définition de règles éthiques concernant les données de santé personnelles ?
L.R. : « En France, la Commission nationale informatique et libertés (CNIL), chargée de veiller au respect de la vie privée et des libertés dans un monde numérique, a décidé de faire des données personnelles de santé un axe prioritaire de sa réflexion en 2014. Elle vient de publier un document de synthèse, intitulé « Le corps connecté ». Mais le chantier est complexe. A partir de quand une donnée prend-t-elle un caractère médical ? Si j'ai un indice de masse corporel (IMC) normal, mon poids n'entre pas dans cette catégorie. Mais si je suis obèse ?
Il y a donc là un gros chantier qui doit être pris avec pragmatisme sous deux angles à mon avis. Celui de la compréhension des outils : Comment fonctionnent-ils ? Que font-ils des données collectées ? Sous quelles formes ? Transmises à qui ? Et l'autre, sur l'information des utilisateurs, pour qu'ils comprennent l'usage qui est fait de leurs données et acceptent de les partager dans un choix éclairé. »
Le digital et la santé : un progrès ou un risque, finalement ?
L.R. : « Un progrès à l'évidence, même si cela nécessite un encadrement vigilant pour éviter les dérives. Le digital permet à tout un chacun de se connecter à sa santé, de gagner en autonomie et de devenir acteur de sa santé. En plus, il faut se rappeler que nous vivons de plus en plus vieux. Ce qui importe n'est pas la quantité de vie, mais la qualité de vie. Nous ne devons plus simplement gérer la maladie mais bel et bien gérer la santé. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur le danger des maladies non transmissibles (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers...) dont l'importance va croissant. Par ailleurs, l'inactivité physique est la quatrième cause de mortalité dans le monde. La prévention est donc un axe majeur de santé publique. Elle passe par des gestes quotidiens. Comme celui qui consiste à faire 10 000 pas par jour et à changer son comportement hygiéno-diététique. Les traqueurs d'activité sont intéressants pour ça s'ils s'intègrent dans des solutions pertinentes qui motivent et accompagnent les utilisateurs. Mais il y a plein d'autres exemples intéressants.
La question qui se pose finalement c'est : Pourquoi accepte-t-on de gérer son argent sur le web et pas sa santé ? N'est-ce pas là notre capital le plus précieux ?  
Ses indispensables Votre device favori ?
En ce moment, les Google Glass. Je les teste et j'avoue être séduit même si des améliorations sont à apporter.

Votre réseau social fétiche ?
Instagram parce que j'adore la photo. Sans oublier Twitter.

Votre donnée la plus précieuse ?
La date de naissance de mes enfants.
Entretien :
Pour aller plus loin avec IBM
0 commentaire(s)
Business Analytics

Optimisez l'expérience e-commerce : les clés pour enchanter ses clients

Le e-commerce est en plein essor. Là où il y a quelques années, les géants du secteur comme Amazon, eBay ou PriceMinister étaient les seuls à mener la danse, ils sont maintenant rejoints par une multitude de services alternatifs, souvent spécialisés et s'adressant parfois à une cible bien précise.

télécharger l'étude
Social Business

Transformer sa boite mail en plateforme de messagerie d'entreprise multifonction

Rares sont les entreprises qui aujourd'hui n'utilisent pas d'emails, de services de messagerie interne, les réseaux sociaux ou tout autre programme de partage de contenu. Chaque jour, plus de 100 milliards de mails professionnels sont envoyés à travers le monde. Résultat : les boîtes de réception accumulent les emails non-lus, le stress de l'employé monte, son organisation s'en fait ressentir et donc inéluctablement sa productivité.

télécharger l'étude
Marketing Management

Le mobile : l'arme « engagement » des marques

En exploitant habilement le potentiel offert par les usages mobiles, les marques peuvent nouer avec leurs clients de véritables relations de proximité. Un atout de taille pour se distinguer de la concurrence et doper ses ventes.

télécharger l'étude
Toutes les études

suivez-nous...

Retrouvez et partagez
toutes nos actualités

IBM
Business Analytics

Optimisez l'expérience e-commerce : les clés pour enchanter ses clients

Le e-commerce est en plein essor. Là où il y a quelques années, les géants du secteur comme Amazon, eBay ou PriceMinister étaient les seuls à mener la danse, ils sont maintenant rejoints par une multitude de services alternatifs, souvent spécialisés et s'adressant parfois à une cible bien précise.

télécharger l'étude
{POPUP_CONTENT}