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Entretien : Erick Brethenoux

, directeur de la stratégie Business Analytics & Decision Management - IBM

Prévenir les blessures des sportifs par l'analyse prédictive


Entretien : Erick Brethenoux

, directeur de la stratégie Business Analytics & Decision Management - IBM
mercredi 03 juin 2015
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L'analyse prédictive trouve des applications dans de nombreux domaines. IBM a développé une application qui croise des données corporelles des sportifs et des données situationnelles afin de prévenir les blessures et garder le potentiel des équipes tout au long de la saison. Le club de rugby anglais des Leicester Tigers en fait l'expérience depuis deux ans.

Chiffres clés de la data dans le rugby chez IBM - 1 joueur de rugby sur 4 sera blessé dans la saison
- les blessures coûtent en moyenne 14 jours de jeu à une équipe
- les organisations qui ont recours à l'analyse prédictive ont 2,2 chances de plus de surperformer
Erick Brethenoux - directeur de la stratégie Business Analytics & Decision Management - IBM
Bio express Titulaire d'un PHD en sciences cognitives de l'université de Delaware, Erick Brethenoux a été directeur de recherche chez Gartner de 1991 à 1997, aux Etats-Unis puis à Paris. A cette date, il a rejoint Lazard Frères à New York en tant que vice-président recherche. En 2004, il devient vice-président du développement corporate chez SPSS, société spécialisée dans l'analyse prédictive, basée à Chicago et rachetée en 2009 par IBM. Erick Brethenoux devient alors Executive Program Director chez IBM. Il est désormais directeur de la stratégie Business Analytics & Decision Management. Passionné de sport et rugbyman à ses heures, il a développé une application d'analyse prédictive appliquée au domaine du sport.

Son twitter : @Lepervier
Qu'est-ce qui vous a amené à développer chez IBM une application d'analyse prédictive dans le domaine du sport, notamment dans le rugby ?
Erick Brethenoux : « Plusieurs éléments ont nourri cette réflexion. Le sport génère de plus en plus d'argent et les enjeux engendrent de grandes pressions sur les sportifs, dont les carrières sont de plus en plus courtes... Dans le rugby, qui provoque peut-être plus de coups que d'autres sports, beaucoup d'équipes finissent une saison avec une dizaine de joueurs blessés. Quand des joueurs clés d'une équipe doivent rester durablement sur le bord du terrain, cela constitue un vrai handicap non seulement pour l'issue de la compétition, mais aussi pour l'intérêt du public. Les conséquences commerciales peuvent être phénoménales en termes de billetterie, de retombées en sponsoring ou en contrats publicitaires pour les joueurs... Nous avons donc cherché ce qui pourrait aider à prévenir les blessures et faire en sorte que les équipes conservent au mieux le potentiel de leurs joueurs. Pour récupérer les données dont nous avons besoin, il fallait pouvoir équiper les joueurs de capteurs, sans que cela ne risque de les blesser, ni de gêner le jeu.  »
Quel type de données recueillez-vous et que pouvez-vous prévoir ?
E.B. : « Aujourd'hui, nous pouvons récupérer des données de température, de tension du muscle, de vibrations... Nous les croisons avec des données atmosphériques comme les changements de température ou d'humidité du terrain. Ces données situationnelles produisent un contexte à un moment T, T+1, T+2... et permettent de dérouler un scénario de jeu pendant les matchs ou à l'entrainement. Nous pouvons par exemple détecter qu'un joueur présente une faiblesse à un endroit de son corps, qui pourrait mener à une blessure. Ce diagnostic permet de mettre en oeuvre des solutions pour éviter la blessure, avec un entrainement physique plus souple ou dans un milieu plus adapté, par exemple en piscine. Le programme alimentaire peut aussi être adapté. L'efficacité de la diététique sur leur corps a été prouvée dans de nombreux domaines. Il est important de récupérer les données de manière fiable, mais l'intelligence que l'on développe autour de ces données est fondamentale. Il faut pouvoir analyser les effets, procéder à des retours sur expérience, détecter les manques et les éléments à améliorer. »
Dans le sport, tout n'est pas prévisible, bien loin de là...
E.B. : « Travailler sur les aspects non prédictifs est mon Graal dans le domaine du sport ! Le mental joue un rôle très important mais, pour l'instant, les effets du mental sur la mécanique du corps restent assez flous pour tout le monde. Il faudrait aussi réussir à prendre en compte des éléments comme la tension du public sur le terrain ou même devant la télévision. »
Le club anglais de rugby des Leicester Tigers utilise l'application depuis deux ans. Les résultats obtenus aident-ils à convaincre les autres équipes de l'adopter ?
E.B. : « Cette équipe n'avait plus que deux ou trois joueurs blessés à la fin de la saison, contre dix ou onze avant. Aujourd'hui, nous n'avons pas trop de problème d'évangélisation car les avantages de l'analyse prédictive sont assez largement partagés. Nous avons commencé à parler à une équipe française du Top 14. Pour le moment, les anglo-saxons ont une réflexion plus rationnelle sur ces sujets d'analyse prédictive mais beaucoup de disciplines sportives ne pourront pas continuer sans ces analyses gagnant-gagnant. Les sportifs professionnels ont tout à fait conscience que leur corps est leur outil de travail. Ils sont très attentifs aux moyens d'améliorer leurs performances et d'ailleurs prêts à livrer beaucoup d'informations pour y arriver. C'est moins le cas dans l'univers du sport amateur, mais le public commence à s'approprier l'univers de la data, en particulier avec les bracelets et montres connectés. »
Travaillez-vous sur d'autres sports et avec quels objectifs ?
E.B. : « Nous avons déjà travaillé avec des joueurs de basket, mais plutôt sur des analyses de positionnement ou de stratégie de jeu. Nous avons aussi discuté avec la National Football League (NFL) mais, dans ce sport, nous nous heurtons pour le moment à des questions de politique sportive et de collège sportif. Dans le tennis, nous avons monté des dispositifs un peu différents. Nous suivons la progression des joueurs sur trois éléments pour déterminer les facteurs prédictifs d'une victoire. Ce type d'analyse a été lancé il y a deux ans à Roland-Garros, puis à Wimbledon et à l'US Open. »
L'application exploite des données de santé, qui touchent à la vie privée. Comment avez-vous abordé ces questions qui relèvent de sensibilités ou de législations très variables dans les différents pays ?
E.B. : « Nous avons été amenés à penser à cela bien avant le lancement de l'application. L'Europe est très en avance et dispose aujourd'hui d'un savoir-faire envié sur ces questions. L'Amérique du Nord et l'Asie vont aussi devoir s'y mettre. Dans les pays anglo-saxons, la législation fonctionne par jurisprudence. Personne n'a envie d'être celui qui se fera attaquer et qui sera à l'origine de cette jurisprudence. Il est parfaitement possible de faire toute une série d'analyses en anonymisant les données. Nous conseillons toujours à nos clients d'adopter le principe de 'privacy by design', prônée chez IBM par Jeff Jonas. Nous essayons de les convaincre que, au final, cela sera toujours plus efficace et plus économique d'être très respectueux des données privées et de pratiquer une 'transparence à l'envers'. Une entreprise ou une institution a toujours intérêt à dire clairement à son client ce qu'elle sait sur lui. Ce dialogue crée de la confiance et permet d'actualiser sa base de données. Il engendre donc un cercle vertueux entre la pertinence et la confiance. »
Les analyses sur la prévention des risques physiques développées dans le domaine du sport pourraient sans doute s'appliquer au monde de l'entreprise. Est-ce que c'est quelque chose que vous envisagez de proposer ?
E.B. : « C'est un sujet sur lequel je butte sans arrêt ! L'esprit qui règne dans le monde du travail est très différent de celui du sport. Avec la pression que l'on impose souvent aux collaborateurs, ces méthodes d'analyse prédictive auraient pourtant un impact positif sur l'entreprise. Mais, si la direction le faisait de manière unilatérale, elle serait accusée de considérer les gens comme des machines. Je crois donc que, si on a un jour recours à ces méthodes, cela viendra plutôt des employés. Les gens sont attachés à ce que certaines de leurs données restent confidentielles mais, quand ils y trouvent un intérêt, ils acceptent volontiers de les partager avec leur assurance ou les retailers. Pourquoi pas avec leur employeur ? Quand le grand public sera éduqué sur son pouvoir vis-à-vis des données personnelles, ce genre de solution prendra une autre dimension dans le monde de l'entreprise... »
Ses indispensables Votre device fétiche ?
Clairement, mon Mac.

Votre réseau social favori ?
Facebook, qui m'a permis de retrouver des amis installés au bout du monde.

Votre donnée la plus précieuse ?
Le temps, et de loin ! Je n'ai plus de secrétaire car je ne veux pas que quelqu'un gère mon temps à ma place.
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