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Entretien : Guillaume Devauchelle

, directeur innovation et recherche scientifique de Valeo

Le smartphone transforme la voiture en caméléon


Entretien : Guillaume Devauchelle

, directeur innovation et recherche scientifique de Valeo
mercredi 22 octobre 2014
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Clé virtuelle, voiturier automatique, contrôle du véhicule à distance... Valeo consacre chaque année plus d'un milliard d'euros à l'innovation et planche très sérieusement sur la voiture autonome. Le groupe sera même présent au prochain CES de Las Vegas, le salon de l'électronique grand public.

Chiffres clés - 12,1 milliards d'euros de CA en 2013
- 10% du CA dédié à la R&D
- 16 centres de recherches
- 78 600 collaborateurs dans 29 pays
Guillaume Devauchelle - directeur innovation et recherche scientifique de Valeo
Bio express Guillaume Devauchelle est directeur innovation et développement scientifique du groupe Valeo. Il occupe ses fonctions depuis six ans. Il était précédemment directeur général adjoint et directeur R&D de la branche « Electronic & Connective Systems ». Il a rejoint le groupe Valeo en 2000 à la suite du rachat des activités de Syléa dont il était directeur général adjoint. Il est diplômé de l'Ecole Centrale de Paris.
Valeo a présenté au Mondial de l'automobile une clé virtuelle. En quoi consiste cette innovation ?
Guillaume Devauchelle : « La clé virtuelle InBlue permet de verrouiller, déverrouiller et, selon la législation des pays, démarrer sa voiture directement depuis son smartphone. Valeo est un fournisseur historique de solutions d'accès, nous avons un véritable savoir-faire dans le dialogue entre la voiture et son conducteur. Il y a deux ans, nous avions présenté une innovation qui permet de faire sortir sa voiture du parking depuis son smartphone. La clé virtuelle InBlue repose sur les mêmes technologies d'accès. Ce qui est nouveau avec InBlue, c'est que nous avons noué un partenariat avec Safran pour donner la possibilité au propriétaire d'une voiture d'envoyer une clé numérique aux personnes de son choix. Une fonctionnalité particulièrement utile pour les adeptes de l'autopartage. »
Quel rôle le smartphone va-t-il jouer dans la voiture de demain ?
G.D. : « Le smartphone va jouer un rôle déterminant parce qu'il contient toute notre vie : nos contacts, nos photos, notre musique. Demain, il connaîtra notre état de santé, et notre identifiant universel. Ce sera une prolongation de nous-même. Grâce à lui, la voiture de demain sera une voiture caméléon. Connectée, elle se transformera selon nos envies. Le smartphone va également permettre aux propriétaires de voiture de suivre les nouvelles tendances, sans changer de véhicule. Les fonctionnalités de base resteront les mêmes mais une interface connectée permettra d'ajouter une batterie de nouvelles fonctionnalités. »
Valeo ne serait plus un équipementier mais un fournisseur de « magie »...
G.D. : « Oui, un fournisseur de magie, on peut le dire ! Nous cherchons l'effet waouh pour vendre nos solutions. Nous travaillons, par exemple, sur une technologie qui permet d'enclencher une fonctionnalité de la voiture d'un simple coup d'œil. Nous croyons énormément à la détection de regard car cela joue sur plusieurs tableaux. L'aspect waouh : votre véhicule vous obéit au doigt et à l'œil. Et l'aspect sécurité : nous sommes capables de déterminer quelle est votre condition physique et, in fine, d'être dans la prédiction. D'après moi, les écrans tactiles n'ont pas leur place dans la voiture. Nous croyons beaucoup plus aux technologies de commande par les gestes, comme la Wii par exemple. Toutefois, nous n'avons pas vocation à être pionniers sur les interfaces homme-machine. Nous attendons que d'autres acteurs plus grand public éduquent les consommateurs sur les nouveaux usages pour que leur adoption au sein de la voiture soit plus facile. Nous intégrons les technologies dans l'habitacle une fois qu'elles ont été digérées ailleurs. Les géants du web ne se présentent donc pas comme des concurrents pour Valeo. Ils font notre marketing, ils défrichent le terrain, ils créent l'envie et de nouveaux besoins. »
Pourquoi avoir organisé le concours Valeo Innovation Challenge ?
G.D. : « L'innovation occupe une place déterminante dans notre stratégie. 10% de notre chiffre d'affaires est consacré aux investissements R&D, soit 1,1 milliard d'euros chaque année. Par ailleurs, nous sommes convaincus de l'importance de l'open innovation. C'est un passage obligé. Sur une même ligne de produits le nombre de champs scientifiques est énorme. Il est impossible de tout maîtriser. Le concours Valeo Innovation Challenge s'inscrit dans cette ouverture. Près de 3000 étudiants issus de 55 pays différents ont participé à cette première édition. En juillet dernier, nous avons ouvert un laboratoire en Californie, dédié à la connectivité. Cela nous permet d'être au cœur de l'écosystème des startups, de détecter de nouvelles tendances et d'éventuels transferts de technologies. »
Quelle est votre vision de la voiture autonome ?
G.D. : « Pour l'heure, nous ne croyons pas au véhicule autonome où le conducteur est totalement déchargé. Nous croyons au véhicule autonome par séquence, lors de manœuvres à basse vitesse, par exemple, ou sur une partie d'autoroute. Le véhicule tout autonome ne pourra exister que si le fonctionnement de notre société évolue. Je pense notamment aux transports en communs individuels. Aujourd'hui, il n'est pas forcément pertinent d'utiliser en zones périurbaines de grands bus, où toutes les places sont loin d'être occupées. Nous pourrions utiliser des voitures 100% automatiques pour venir chercher un passager à une gare et le ramener chez lui. La voiture ne lui appartient pas, elle est mise à disposition de tous, et en même temps elle répond à un besoin individuel. Toujours en matière de voiture autonome, nous allons ouvrir à la fin du mois d'octobre un nouveau laboratoire développé avec Safran, PSA et plusieurs écoles prestigieuses situées en France, en Chine, aux Etats-Unis et en Suisse. Chaque membre planchera sur une compétence spécifique, comme la gestion des intersections ou la reconnaissance des émotions par exemple. »
Et quels seront les nouveaux usages de cette voiture du futur ?
G.D. : « Dans la mesure où nous n'aurons plus besoin de conduire, on peut très bien imaginer une voiture qui nous soigne par exemple. Imaginez-vous en Asie où l'air est très pollué. Une fois dans votre voiture, vous respirez mieux car toute la pollution sera filtrée. Autre exemple, en région parisienne : pour mieux supporter les bouchons du périphérique, votre voiture vous offrira une ambiance relaxante grâce à des couleurs et des musiques personnalisées. Les sièges seront chauffants et massants. Tout s'apparentera à une séance de kiné ou de relaxation ! »
Ses indispensables Votre device favori ?
Pas vraiment un device, mais je suis accro aux mails que je consulte en permanence alors que les SMS et autres messageries vocales peuvent rester des jours aux oubliettes.

Votre réseau social fétiche ?
Aucun sur Internet ! Par contre, je suis très actif à la Société des Ingénieurs de l'Automobile, par exemple.

Votre donnée la plus précieuse ?
Celle qui va servir dans la minute qui suit ! Ou plus sérieusement, l'Histoire, parce que sans passé, il n'y a pas de futur.
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