newsletter

Entretien : Olivier Ezratty

, spécialiste des médias numériques et consultant pour les startups et les grandes entreprises

Les objets connectés : tout est une question de besoin


Entretien : Olivier Ezratty

, spécialiste des médias numériques et consultant pour les startups et les grandes entreprises
mardi 10 février 2015
29
292
162
18
4
 
 

Chaque année, Olivier Ezratty publie son « Rapport du CES de Las Vegas ». Ce pavé de 304 pages revient dans les moindres détails sur la grand-messe de l'électronique grand public, organisée tous les ans en janvier à Las Vegas. La dernière édition a, une nouvelle fois, été marquée par une déferlante d'objets connectés. Une tendance sur laquelle le consultant indépendant porte un regard assez critique. Interview.

Olivier Ezratty - spécialiste des médias numériques et consultant pour les startups et les grandes entreprises
Bio express Olivier Ezratty conseille les entreprises pour l'élaboration de leur stratégie d'innovation (veille technologique, stratégies produits, création d'écosystèmes). Il est aussi très actif dans l'écosystème des startups qu'il accompagne comme board member, consultant, conférencier et auteur. Il publie notamment le Guide des Startups Hightech en France sur son blog Opinions Libres ainsi que le "Rapport du CES" tous les ans depuis 2006.

Son twitter : @olivez
Selon vous, est-ce qu'une marque peut rester à l'écart de la vague des objets connectés ?
Olivier Ezratty : « L'effet de mode est difficile à éviter. Il faut cependant toujours se poser la question des besoins exprimés ou latents des clients comme dans tout processus d'innovation. Les objets connectés dans le secteur de la santé répondent à des besoins très clairs. Parfois, la connectivité n'est qu'un accessoire. Ainsi, le français « Home to nature » propose un germinateur qui permet de cultiver soi-même des graines germées pour les consommer ensuite. J'ai demandé aux fondateurs si le dispositif était connecté et ils m'ont répondu : "Initialement non, mais nous prévoyons de le connecter à une application mobile dédiée". Ici, clairement, la connectivité relève d'un effet de mode et n'est pas au coeur du produit. Des marques peuvent créer des objets connectés un peu futiles pour afficher un gage de modernité. Leur création relève aussi beaucoup d'une approche expérimentale. Certains objets connectés vont bien fonctionner, d'autres non. C'est le risque à prendre dans toute période d'innovation intense. »
Qu'est ce qui vous a particulièrement frappé au CES de Las Vegas ?
O.E. : « Certains objets connectés créent des situations assez extrêmes où les humains deviennent hyper-assistés. J'ai par exemple vu une tétine connectée qui alerte les parents lorsque le bébé l'a perdue. De nombreux objets servent à gérer les différentes angoisses des utilisateurs. Certains servent à rester jeune, d'autres aident à maigrir, à ne pas perdre son chien ou ses enfants ou encore à surveiller sa maison. Accorder une telle importance à ces angoisses, en créant de multiples tableaux de bord, ne fait que les amplifier davantage. Je pense que les objets qui fonctionneront le mieux seront ceux qui apporteront une forte valeur émotionnelle aux utilisateurs. En général, avec une offre complémentaire de contenus et/ou une forte dimension sociale. »
Pensez-vous qu'à l'avenir l'expression « objet connecté » deviendra un pléonasme ?
O.E. : « Dans les cas où c'est justifié oui. Mais, encore une fois, tout dépend des besoins. A-t-on, par exemple, vraiment besoin de manger avec une fourchette connectée ? Nous avons d'abord de nouveaux objets connectés comme les « trackers ». Ils s'adressent au départ à un public restreint, puis se démocratisent peu à peu. Il y a surtout les objets qui existent déjà qui intègrent progressivement des capteurs et de la connectivité, du canapé à la cocotte minute en passant par le pèse-personne. Au gré des évolutions du marché, ces objets vont naturellement devenir connectés, sans forte variation de prix. Cette tendance est facilitée par la baisse du prix des composants. Il ne faut surtout pas oublier le budget des ménages. Celui-ci n'est pas extensible à volonté. Quand une innovation arrive sur le marché, elle entre dans le budget des ménages au détriment d'autres dépenses. Outre le budget, le temps est l'autre donnée essentielle. Quels objets connectés vont me permettre de gagner du temps ? Il y a des migrations de valeur lorsqu'une innovation permet aux gens de gagner du temps, de l'argent ou de l'émotion. Prenons l'exemple de la révolution mobile. Elle est directement liée à la réallocation du temps en s'introduisant dans des créneaux (transport, file d'attente) où l'usage de l'ordinateur n'était pas possible. La consommation média a augmenté en grande partie grâce à ça. »
Selon vous, les objets connectés relèvent donc de l'accessoire...
O.E. : « Aujourd'hui, la plupart des objets connectés sont des accessoires, des mobiles. Il faut raisonner selon les domaines d'activité où les opportunités de création de valeur sont très variables. Les objets connectés présentent, par exemple, un réel intérêt dans le domaine du sport où les notions de mesure et de comparaison sont très importantes. Au basket, au golf, au tennis... On compte les points et on se mesure aux autres joueurs. Reste à voir s'ils augmentent le plaisir dans la pratique du sport. »
Certains objets connectés vont-ils réussir à tirer leur épingle du jeu ?
O.E. : « Il y a énormément de redondances sur le marché des objets connectés. Par exemple, les caméras de surveillance captent aussi la température et la qualité de l'air et des écouteurs-oreillettes captent le pouls. Les objets les plus génériques vont probablement l'emporter et notamment les montres connectées avec, bien évidemment, l'Apple Watch, dont la commercialisation est prévue au mois d'avril 2015. La montre connectée est beaucoup plus générique que les autres objets connectés. De part leur emplacement, les montres sont capables de mesurer une série d'informations, comme l'oxymétrie, le pouls et les mouvements de l'utilisateur. Elles possèdent également un écran, ce qui n'est pas le cas de tous les « wearable devices ». Enfin, le fait qu'elles soient portées au poignet joue un rôle important. Cet emplacement confère à la smartwatch une capacité à être utilisée plus souvent dans le temps. Sur le marché des objets connectés, l'important est, en effet, de détecter ceux qui vont générer un usage récurrent. »
Ses indispensables Votre device fétiche ?
Un vieil ordinateur portable de 9 ans sur lequel je développe sous « Ubuntu » le plugin Photo-Folders qui gère les photos sur mon blog. Le reste n'est pas fétiche puisqu'il est remplacé plus souvent !

Votre réseau social préféré ?
Des trois grands que j'utilise, Facebook, Twitter, LinkedIn, le premier est celui qui apporte le plus de contenus et de chaleur humaine.

Votre donnée la plus précieuse ?
Mon portfolio de plus de 60 000 photos, dont les 450 portraits de « Quelques Femmes du Numérique ! ». Et le « Guide des Startups » qui représente dix ans de travail, 326 pages et 19 versions publiées à ce jour.
Entretien :
Pour aller plus loin avec IBM
0 commentaire(s)
Marketing Management

Le mobile : l'arme « engagement » des marques

En exploitant habilement le potentiel offert par les usages mobiles, les marques peuvent nouer avec leurs clients de véritables relations de proximité. Un atout de taille pour se distinguer de la concurrence et doper ses ventes.

télécharger l'étude
Business Analytics

Optimisez l'expérience e-commerce : les clés pour enchanter ses clients

Le e-commerce est en plein essor. Là où il y a quelques années, les géants du secteur comme Amazon, eBay ou PriceMinister étaient les seuls à mener la danse, ils sont maintenant rejoints par une multitude de services alternatifs, souvent spécialisés et s'adressant parfois à une cible bien précise.

télécharger l'étude
Social Business

Transformer sa boite mail en plateforme de messagerie d'entreprise multifonction

Rares sont les entreprises qui aujourd'hui n'utilisent pas d'emails, de services de messagerie interne, les réseaux sociaux ou tout autre programme de partage de contenu. Chaque jour, plus de 100 milliards de mails professionnels sont envoyés à travers le monde. Résultat : les boîtes de réception accumulent les emails non-lus, le stress de l'employé monte, son organisation s'en fait ressentir et donc inéluctablement sa productivité.

télécharger l'étude
Toutes les études

suivez-nous...

Retrouvez et partagez
toutes nos actualités

IBM
Marketing Management

Le mobile : l'arme « engagement » des marques

En exploitant habilement le potentiel offert par les usages mobiles, les marques peuvent nouer avec leurs clients de véritables relations de proximité. Un atout de taille pour se distinguer de la concurrence et doper ses ventes.

télécharger l'étude
{POPUP_CONTENT}